Coline Gaulot | About
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Un détail pour vous

par Élise Girardot

Coline Gaulot peint en 2012 les mains d’une femme. Une mince ficelle entrelace de part en part ses doigts muselés. On affirmait à Artémisia Lomi Gentileschi qu’il était peu probable qu’elle soit l’auteure de ses peintures. Pour lui faire avouer ses prétendus mensonges, on aurait torturé cette peintre italienne de l’école caravagesque.

Chacune des toiles de Coline Gaulot pourrait être l’incarnation d’une vérité ou d’une rencontre véritable et bouleversante entre l’artiste et les personnages qui entourent sa vie. Au centre de l’image, la peinture se déploie autour d’un seul motif : un objet, une nature morte, un signe. Si elle est concentrée sur un choix, la composition colorée n’est pas épurée. Les piscines, bouquets de fleurs ou feux d’artifice matérialisent une expérience, une relation entre deux personnes ou entre un objet et une personne. Comme au cinéma, les interactions se croisent et se succèdent au cours d’un film chorale où les personnages se frôlent sans se

connaître.

Dans la série Brasiers, une tente rouge plantée dans la nuit rappelle une flamme qui nous guide et nous rassure. Pourtant, d’une seconde à l’autre, tout peut basculer et s’embraser. À la surface d’une autre toile, les couleurs des feux d’artifice scintillent dans l’opacité nocturne. Les images apparaissent par la couleur, davantage que par la composition. Des impressions fortes jaillissent, comme la vision première des pétales d’un bouquet d’iris fraîchement coupé. Ces instants suspendus s’effritent aussi vite que les touches brillantes des artificiers.

La quintessence de la recherche de Coline Gaulot s’incarne dans un rapport au temps arrêté, un moment de basculement, tel le bouquet flamboyant qui s’assèche déjà. En 2018, l’artiste rencontre des femmes qui lui racontent l’histoire de leur piscine. Elle retranscrit plus tard ce récit ordinaire sous la forme d’un décor réaliste. Les traits sont fidèles aux formes géométriques et ordonnées que l’on découvre parfois brillantes  et imperturbables dans la nuit. Personnifiées, les piscines adoptent le prénom de leur propriétaire et s’accompagnent d’un texte. En développant une pratique de l’écriture, Coline Gaulot manipule peu à peu les outils d’une frontière entre fiction et réalité. D’autres travaux font référence à des habitus : on se voit offrir un bouquet de fleur, on souffle les bougies d’un anniversaire… Pourtant, la figure humaine demeure invisible. Elle existe à travers l’évocation de récits fragmentés. Le temps long est révélé par l’usage de matières qui se cristallisent. L’artiste reconstitue en porcelaine un à un chaque gâteau visible sur ses photographies d’anniversaire. Les sculptures blanches figent un temps révolu, les membres de la famille disparaissent, les conversations et les voeux font place au portrait en creux du rituel. En accordant du temps à un détail qui passe inaperçu, Coline Gaulot épuise le souvenir intime et le retranscrit sous une forme universelle.

Élise Girardot

Août 2019

Traces Nocturnes d’un art floral  

par Laure Subreville. 

Le premier explosif est lancé. Il monte haut dans le ciel, déchire l’air et étire le temps. Celui qui regarde l’ascension est pris dans une attente infinie. Un suspens jusqu’au point culminant de l’explosion, la libération du feu fait entrer le spectateur dans une extase contemplative.

L’artiste peint des feux d’artifices qu’elle installe dans l’espace de la toile comme des bouquets. Le bouquet est un thème récurrent. Les fleurs dans les vases sont à leur apogée, elles ne pourront que faner et retomber, tout comme les feux d’artifices. C’est une recherche du point culminant, du climax.

Le travail de Coline Gaulot est une collection d’instants. Des moments privilégiés et intimes. La peinture fait basculer l’instant privé pour en faire une image commune. Les feux d’artifices, les piscines et les bouquets de fleurs entrent alors dans le domaine du lieu commun. Ces clichés d’images interpèlent le spectateur, réinvoque la question de l’instant chez les autres et rappelle à la contemplation. Une fois le cliché établit, on peut alors se concentrer sur des questions de forme et surtout de couleur. Le travail de Coline Gaulot, est une recherche permanente sur la couleur, sa vibrance et sa lumière. Ainsi, les piscines happent le spectateur. Elles sont une invitation à plonger jamais assouvie.

Coline Gaulot compose et décompose ses sujets jusqu’à atteindre une sorte d’harmonie, l’entre-deux. Cette vision orientale de la peinture et de l’installation, fait penser au courant japonais Ikebana ou l’art de faire vivre les fleurs.

Coline Gaulot entretient un rapport singulier avec les lieux qu’elle peint. Les prises de vue, souvent de nuit ou à l’aube, sont des rendez-vous avec les piscines et leur propriétaire.

Dans les tableaux, les points de vue sont particuliers, ne donnent accès qu’à quelques marches submergées ou un bout du plongeoir. L’espace autour de ces objets peints est obscur, inquiétant, flou. Cet « au-delà de la piscine » existe pourtant dans l’espace de la toile. Il complexifie l’environnement autour du sujet et de son histoire.

Le rapport de l’artiste à son travail est un rapport au langage. Les points de vue si particuliers que l’on retrouve dans les peintures questionnent notre façon de nommer les choses, de parler avec les noms.